29.03.2009
Et pendant ce temps-là, la crise écologique continue.
Nous vivons deux crises à la fois, une financière qui se traduit concrètement par des désastres économiques et des milliers de personnes confrontées au chômage et à la précarité.
L'autre crise est plus insidieuse, mais tout aussi inquiétante. Les désordres écologiques se poursuivent avec leur lot inquiétant de nouvelles dégradations de l'environnement.
Par contre, la seconde semble actuellement passer au second plan, tant les problèmes posés par la première crise sont urgents. Pourtant, même si elle n'est pas aussi visible et perceptible, elle impose des réactions aussi rapides et urgentes. L'une concerne simplement le court terme, l'autre le plus long terme et nos enfants.
Mais à regarder les propositions formulées pour « sortir de la crise » nous pouvons rester sceptiques sur la prise en compte des urgences écologique. Globalement, deux types de réponses sont formulées par le gouvernement ou par l'opposition :
- soit on pense qu'il faut interdire les licenciements et continuer comme avant. C'est-à-dire continuer à toujours produire plus, sans se poser de questions sur la pertinence et l'utilité des productions.
- soit on pense qu'il est nécessaire de multiplier les investissements pour relancer l'emploi et distribuer des salaires qui vont permettre de consommer plus. En d'autres termes, il s'agit de construire des routes, de rénover des églises, de construire des centrales nucléaires, etc. pour distribuer des revenus, pour relancer « la consommation » (et donc, par ricochet, de relancer les entreprises qui produisent les biens consommés).
On le voit, quelle que soit la solution, l'idée est de conduire les gens à consommer de plus en plus. L'essentiel est de faire tourner les entreprises, de distribuer des ressources financières supplémentaires qui se transformeront à leur tour en consommation de produits.
En caricaturant, on pourrait dire qu'une famille relancerait l'économie en achetant trois voitures, en mangeant trois fois plus et en téléphonant 10 fois plus. L'effet immédiat serait de provoquer une augmentation de la pollution, des encombrements et du stationnement. L'obésité, conséquence d'une alimentation trop riche, provoquerait des maladies cardio-vasculaires. L'augmentation de l'usage du téléphone portable pourrait se traduire par une augmentation des tumeurs cérébrales....
Est-ce cela le monde que nous souhaitons ?
Une autre façon de penser.
L'écologiste américain, Lester R. Brown (auteur d'un livre de référence, « le plan « B », pour impact écologique mondial » édition Calmann-Lévy ) attribue cette dégradation au fait que l'économie est désormais contre l'écologie. Selon lui, les économistes sont incapables de sortir de leur cadre de référence, qui explique tout par « le marché ». Ainsi quand ils raisonnent, ils ne prennent jamais en compte dans leur calcul les coûts indirects et encore moins de ce qu'il adviendra des générations à venir. Il en va de même pour les tenants du développement du pouvoir d'achat. Pour que les gens vivent bien dans cette société de consommation, il est nécessaire de leur donner un pouvoir d'achat important. Ce qu'il advient des conséquences de la consommation n'est jamais pris en considération.
Mais si l'on intègre les coûts à long terme, le prix des produits change radicalement: le coût de l'essence devrait ainsi être multiplié par trois pour tenir compte de l'effet de la pollution, de la gestion des problèmes de circulation, des accidents, etc. ! De même pour les centrales nucléaires : si l'on prend en compte le coût de la démolition de ces centrales ainsi que le coût du traitement des déchets à long terme, le prix du kilowatt-heure produit devient nettement supérieur au prix du kilowatt-heure produit par des énergies renouvelables.
Inventer des solutions de court terme qui privilégie le long terme.
La difficulté est donc importante : comment concilier la prise en compte des besoins immédiats et le respect des générations futures ?
La solution est peut-être dans la prise en compte des besoins à court terme (alimentation, logement, déplacement, éducation et culture, etc.) par des réponses qui privilégient le long terme. Ainsi, la construction d'immeubles à « énergie positive » (qui produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment) nécessite des investissements plus importants, mais à terme diminuera à la fois les coûts de fonctionnement (en protégeant le pouvoir d'achat durablement) et l'impact écologique.
Cette proposition implique cependant de voir autrement la répartition des richesses. Pour réaliser ces investissements initiaux, il est nécessaire de mobiliser des capitaux importants, ce qui suppose une nouvelle répartition du patrimoine et des revenus entre les individus. En d'autres termes de faire des choix politiques qui privilégient la sphère collective plutôt que les intérêts privés.
Comme dans beaucoup de changements, c'est la période de transition qui est la plus délicate. Mais nous n'y échapperons pas : si nous ne sommes pas capables de partager nos ressources, c'est le chaos écologique qui suivra qui nous contraindra à revoir radicalement notre style de vie.
18:58 Ecrit par dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écologie, eco, quartier, economie




Commentaires
Le problème du système capitaliste actuel est qu'il repose sur des théories élaborées entre le 18ième siècle et les années 70. Autrement dit, le système ne tient absolument pas compte de des paramètres écologiques. Croissance infinie, mondialisation du marché etc... mais est-ce que la planète peut tenir le choc ?
Si il doit y avoir une révolution, c'est d'une révolution écologique dont nous avons besoin. C'est une question de survie. Nous devons donc revoir la finalité du système capitaliste.
Le respect des accords de Kyoto ? Peu importe, les objectifs sont déjà obsolètes. Il faut aller plus loin. Le changement de notre façon de consommer, je suis OK mais sans volonté politique, j'ai bien peur que cela soit insuffisant.
Ecrit par : Ludovic | 05.04.2009
quand vous dites Révolution écologique, je pense qu'on est probablement en dessous de la réalité. Le Pôle ou il fait si froid vient de vivre un événement sans équivoque, qui préfigure la disparition de la banquise. Un iceberg géant qui va venir fondre en se déplaçant (même s'il ne provoquera pas une augmentation significative du niveau des océans) s'est détaché de la banquise.
Pourrons nous avoir des réponses soft quand des centaine de milliers de personnes devront quitter les terres les plus menacées par la montée des eaux. A tout coup cela entrainera une radicalisation du protectionnisme contre les flux migratoires qui est sans commune mesure avec ce que nous connaissons actuellement.
Ecrit par : JB | 06.04.2009
@JB
En effet, le mot "Révolution" est bien faible. J'adhère à votre analyse.
Ecrit par : Ludovic | 20.04.2009
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